Début septembre 2026, le syndicat national des ophtalmologistes (Snof) dénonce des prescriptions de lunettes ou lentilles délivrées via téléexpertise, sans examen médical direct. Il pointe un risque de dépistage manqué de certaines pathologies oculaires et annonce des plaintes ordinales contre des sociétés et praticiens concernés, réclamant un encadrement légal plus strict.
Depuis plusieurs mois, des plateformes se sont développées pour proposer aux opticiens un circuit permettant d'obtenir rapidement une prescription de lunettes ou de lentilles. Le principe : le client passe par un contrôle visuel réalisé en magasin, dont les résultats sont ensuite envoyés à un médecin ophtalmologiste partenaire, qui rédige à distance l'ordonnance correspondante. Ce circuit, baptisé téléexpertise, permet en théorie d'obtenir un document en quelques heures là où un rendez-vous classique en cabinet peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois selon les régions.
Il ne faut pas confondre cette pratique avec la téléconsultation, également proposée dans certains magasins d'optique, qui repose sur un échange en direct entre le patient et le médecin, par visioconférence. Dans la téléexpertise telle que pratiquée aujourd'hui, l'opticien transmet uniquement des mesures optiques, sans qu'aucun examen médical ni échange avec le patient n'ait lieu.
Le 3 septembre 2026, le syndicat national des médecins ophtalmologistes (Snof) a publié un communiqué dénonçant des pratiques susceptibles de s'affranchir des exigences médicales et déontologiques jugées indispensables à la sécurité des patients. Son président, le docteur Vincent Dedes, réclame que les autorités se saisissent du sujet pour poser un cadre clair.
Le syndicat appuie sa démonstration sur deux arguments. D'abord, il s'appuie sur des données de facturation fournies par l'assureur complémentaire Alan, selon lesquelles ces prescriptions concerneraient majoritairement des patients de grandes métropoles plutôt que des zones où l'accès à un ophtalmologiste est difficile. Cet argument vise directement l'un des principaux motifs avancés par les plateformes pour justifier leur développement, à savoir la réduction des délais d'attente dans les déserts médicaux.
Ensuite, le Snof met en avant le risque de sous-détection du glaucome, une pathologie qui, selon lui, ne peut être repérée qu'à l'occasion d'un rendez-vous avec un ophtalmologiste. Le syndicat avance un chiffre précis dans son communiqué : plus de 5 000 patients ayant obtenu une ordonnance optique via certains dispositifs de téléexpertise seraient porteurs d'un glaucome non dépisté et pourraient rester non traités, une estimation calculée sur la base des volumes de patients annoncés par les plateformes concernées. Le glaucome est une maladie qui évolue le plus souvent sans gêne visible avant un stade avancé, ce qui rend son dépistage difficile en dehors d'un examen complet du fond d'œil et de la pression intraoculaire.
Le syndicat s'appuie également sur des recommandations récentes émises par le Conseil national de l'Ordre des médecins concernant la télémédecine, qui rappellent qu'une prescription de correction optique doit résulter d'une véritable interprétation médicale des examens, et pas seulement d'une mesure de réfraction transmise à distance.
Le conseil d'administration du Snof a voté à l'unanimité le dépôt de plaintes ordinales visant plusieurs acteurs et prescripteurs liés à des sociétés de téléexpertise, dont les pratiques seraient susceptibles de contrevenir au cadre médical et réglementaire en vigueur. Le syndicat prévoit également de solliciter l'avis du Conseil national de l'Ordre des médecins sur la situation des médecins partenaires de ces dispositifs, notamment sur leur capacité à respecter leurs obligations déontologiques lorsque les patients suivis sont dispersés sur tout le territoire.
À ce stade, le Snof n'a pas rendu publics les noms des sociétés ou des praticiens visés par ces plaintes. Il ne nous est donc pas possible de les identifier, et il appartiendra à la seule instance disciplinaire de se prononcer sur d'éventuels manquements, aucune faute n'étant à ce jour établie.
Le lendemain, le Rassemblement des opticiens de France (Rof) a réagi par communiqué. L'organisation indique partager l'essentiel du constat dressé par le Snof concernant les dérives de certains dispositifs de téléexpertise, tout en tenant à établir une distinction nette entre téléconsultation et téléexpertise. Le syndicat d'opticiens réaffirme dans le même temps son soutien à la téléconsultation encadrée, qu'il juge utile pour les patients confrontés à des délais d'attente importants.
Ce positionnement rejoint celui exprimé quelques mois plus tôt par le Rof, qui avait déjà indiqué ne pas être favorable aux dispositifs de téléexpertise ne respectant pas les prérogatives d'exercice de l'opticien ni le cadre légal existant, tout en défendant la téléconsultation comme un outil légal et utile lorsqu'elle repose sur un échange direct avec le médecin.
Cette controverse s'inscrit dans un contexte législatif encore incomplet. En juin 2026, une loi dite « anti-fraude » a posé le principe d'une communication directe entre médecin et patient pour toute prescription. Trois mois plus tard, le décret d'application permettant de préciser concrètement cette obligation n'a toujours pas été publié, ce qui laisse les plateformes de téléexpertise poursuivre leur activité dans les mêmes conditions qu'auparavant.
Ce débat ne remet pas en cause l'utilité d'un renouvellement rapide de lunettes ou de lentilles lorsque la situation le permet : ce service existe depuis longtemps chez les opticiens, dans un cadre différent et bien établi, encadré par la validité de l'ordonnance et l'accord du prescripteur initial. Il rappelle en revanche qu'un examen ophtalmologique complet reste, à ce jour, le seul moyen de dépister certaines pathologies oculaires silencieuses, qui ne se manifestent par aucune gêne avant un stade parfois avancé.
Chez Maison Mikis, avenue d'Ivry, nous prenons le temps d'expliquer à chaque client la différence entre un contrôle de vue réalisé en boutique et un examen médical complet, et nous orientons systématiquement vers un ophtalmologiste ou un orthoptiste dès qu'un doute ou un signe inhabituel apparaît lors d'un essayage ou d'un renouvellement.
Les questions qu'on nous pose le plus souvent en boutique sur ce sujet.
C'est un circuit dans lequel un opticien réalise un contrôle visuel en magasin, puis transmet les mesures à un ophtalmologiste partenaire qui rédige une ordonnance à distance, sans recevoir la personne. Ce fonctionnement diffère de la téléconsultation, qui repose sur un échange direct en visioconférence avec le médecin.
Non, elle n'est pas interdite en tant que telle, mais son usage pour délivrer systématiquement des ordonnances sans échange médical fait l'objet d'un débat réglementaire depuis 2026. Une loi de juin 2026 impose en principe une communication directe entre médecin et patient, mais son décret d'application n'a pas encore été publié.
Non, le renouvellement classique d'une ordonnance par un opticien, encadré depuis 2007, est une pratique distincte et bien établie, différente des circuits de téléexpertise visés par le Snof. Elle reste soumise à la validité de l'ordonnance et à l'accord implicite ou explicite du prescripteur.
Le glaucome évolue souvent sans symptôme perceptible aux premiers stades, ce qui rend son dépistage difficile en dehors d'un examen ophtalmologique complet. C'est notamment ce risque de sous-détection que le Snof met en avant pour justifier son appel à un encadrement plus strict.
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