Santé visuelle

Les opticiens peuvent désormais intervenir en EHPAD : ce que change le décret de juin 2026

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En bref

Le décret n° 2026-507 du 12 juin 2026, entré en vigueur le 15 juin, autorise les opticiens-lunetiers à se rendre directement en EHPAD pour réaliser des examens de réfraction et, si nécessaire, délivrer des équipements correcteurs. Il généralise une expérimentation menée depuis 2022 en Normandie et en Centre-Val de Loire, dont le bilan a été jugé positif par les pouvoirs publics.

Une nouvelle compétence inscrite dans le code de la santé publique

Pendant des décennies, la loi limitait les examens de réfraction réalisés par les opticiens-lunetiers à leur lieu d'exercice habituel : le magasin d'optique. Une seule exception existait, sous forme d'expérimentation régionale lancée en 2022 en Normandie et en Centre-Val de Loire, à la suite d'une loi de 2019 visant à améliorer la santé visuelle des personnes âgées en perte d'autonomie.

Après quatre années de retour d'expérience jugé positif par les pouvoirs publics, le gouvernement a franchi le pas. Le décret n° 2026-507, publié au Journal officiel le 14 juin 2026 et entré en vigueur dès le lendemain, généralise ce dispositif à l'ensemble du territoire. Il modifie le code de la santé publique pour y insérer une disposition permettant à l'opticien-lunetier de réaliser des actes relevant de sa compétence directement dans les EHPAD — les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes.

Concrètement, que peut faire l'opticien en EHPAD ?

Le cadre posé par le décret est précis. L'opticien peut se déplacer dans l'établissement pour :

Il ne s'agit pas d'une consultation médicale et l'opticien ne se substitue pas à l'ophtalmologiste : en présence d'une pathologie oculaire suspectée ou avérée, il doit orienter le résident vers un médecin. En revanche, pour le simple renouvellement ou l'adaptation d'une correction existante, il peut agir directement sur place.

Le texte impose également une obligation de traçabilité : après chaque intervention, l'opticien doit adresser un compte rendu au patient lui-même, au médecin prescripteur, au médecin coordonnateur de l'établissement et, le cas échéant, au médecin traitant, par tout moyen garantissant la confidentialité des informations transmises.

Pourquoi ce décret répond à un vrai besoin

La réalité du grand âge en établissement médicalisé révèle un problème souvent invisible : beaucoup de résidents portent des lunettes inadaptées, soit parce que leur correction a évolué, soit parce que leur monture est endommagée, soit simplement parce que le parcours de soin hors les murs est devenu trop complexe à organiser.

Pour un résident en perte d'autonomie, un déplacement chez un opticien implique de trouver un accompagnateur, d'organiser un transport souvent médicalisé, de gérer la fatigue liée au déplacement. Ces obstacles conduisent parfois à des années sans correction actualisée, avec des conséquences réelles sur la qualité de vie, la participation aux activités collectives et, plus largement, la prévention du risque de chute.

Les équipes soignantes des EHPAD rapportent depuis longtemps des situations où une paire de lunettes peu portée ou une monture cassée n'est signalée à personne parce qu'aucun professionnel de l'optique n'est présent dans l'établissement. Le décret crée précisément le cadre pour y remédier.

Un signal pour l'ensemble de la filière auditive

Ce texte intéresse aussi indirectement les audioprothésistes. Plusieurs acteurs du secteur ont immédiatement réagi en soulignant que la même logique — permettre aux professionnels paramédicaux d'aller vers les patients les plus fragiles plutôt que l'inverse — devrait s'appliquer à l'audition. Les résidents malentendants en EHPAD souffrent d'une situation comparable : appareils mal réglés, piles non changées, suivi insuffisant. La question d'une évolution réglementaire similaire pour les audioprothésistes est désormais posée publiquement.

Ce que cela change dans la pratique quotidienne

Pour les familles et les équipes soignantes, le décret ouvre une voie concrète. Il est désormais possible de solliciter un opticien pour qu'il intervienne dans l'EHPAD sans derogation ni autorisation spécifique d'une ARS. L'établissement n'est toutefois pas obligé de proposer ce service : sa mise en place dépend de l'organisation interne et des partenariats que l'EHPAD choisit de nouer avec des professionnels locaux.

Un point reste en suspens : le modèle économique. Durant l'expérimentation régionale, les opticiens se déplaçaient sans compensation financière spécifique pour leurs trajets. Le décret ne tranche pas cette question, et les représentants de la profession anticipent que des négociations seront nécessaires pour pérenniser ces interventions sur le long terme.

Ce que nous faisons au comptoir

Chez nous, nous recevons régulièrement des familles qui cherchent à accompagner un proche hébergé en EHPAD : une monture à réparer, une correction à actualiser, un équipement à choisir à la place du résident qui ne peut pas se déplacer. Ce décret change la donne, et nous allons étudier comment intégrer ces interventions à notre pratique, en lien avec les établissements du quartier des Olympiades et du 13e arrondissement. Si vous êtes dans cette situation — pour un parent, un proche — n'hésitez pas à nous en parler lors de votre prochaine visite. Nous pouvons vous orienter et, le moment venu, intervenir directement là où c'est utile.

Questions fréquentes

Les questions qu'on nous pose le plus souvent en boutique sur ce sujet.

L'opticien qui intervient en EHPAD peut-il prescrire des lunettes de zéro, sans ordonnance préalable ?

Non. L'opticien intervient dans le cadre d'un renouvellement ou d'une adaptation d'une correction existante. Il ne remplace pas l'ophtalmologiste pour un premier bilan ou en présence d'une pathologie oculaire. Pour chaque intervention, il doit adresser un compte rendu au médecin prescripteur et au médecin coordonnateur de l'établissement.

Ces examens en EHPAD sont-ils remboursés par la Sécurité sociale ?

À ce stade, le décret ne prévoit pas de rémunération spécifique pour le déplacement de l'opticien. Les équipements délivrés restent remboursables dans les conditions habituelles du 100 % Santé ou selon le niveau de l'ordonnance. La question de la prise en charge des frais de déplacement reste ouverte et fera probablement l'objet de discussions ultérieures.

Mon parent est en résidence senior non médicalisée : peut-il aussi bénéficier de cette mesure ?

Le décret vise spécifiquement les EHPAD mentionnés à l'article L. 313-12 du Code de l'action sociale et des familles. Les résidences autonomie ou les logements-foyers non médicalisés ne sont pas directement couverts par ce texte. Pour ces situations, un déplacement à la boutique reste la voie habituelle.

Un résident dont la vue a beaucoup évolué peut-il obtenir de nouvelles lunettes lors de la visite de l'opticien ?

Si la correction a significativement changé par rapport à l'ordonnance en cours, l'opticien ne peut pas délivrer un équipement sans accord médical actualisé. En revanche, si la correction reste dans les marges d'adaptation autorisées, il peut procéder directement à la délivrance et en informer le médecin via le compte rendu obligatoire.

Contenu rédigé par l'équipe Maison Mikis. Sources consultées pour cet article : Acuité — Les opticiens autorisés à réaliser des examens de vue en EHPAD, Pour-les-personnes-agees.gouv.fr — Décret du 12 juin 2026, L'Ouïe Magazine — Les opticiens ont désormais l'autorisation d'intervenir dans les EHPAD, Audiologie Demain — Opticiens dans les Ehpad : la voie est désormais ouverte.
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